Cityzoom : L'île de Nantes ou la ville "sur mesure" – Magazine Vertical
2020-11-30

Depuis vingt ans, le projet urbain de l’île de Nantes incarne sur 337 hectares un mode singulier de fabriquer la ville. Orchestré par l’aménageur, la Samoa, il se conforte et se renouvelle avec l’équipe de conception urbaine menée depuis 2017 par Jacqueline Osty et Claire Schorter. Quel est ce “sur mesure” qui spécifie à la fois la démarche et les projets, opérant dans le temps aussi bien que dans l’espace et les usages ?

Printemps 2019. La Société d’aménagement de la métropole Ouest Atlantique (Samoa) présente les bases du nouveau quartier République – vingt hectares, 275 000 m2 SDP– et une étape clé dans le projet urbain de l’île de Nantes. Avec une livraison prévue en 2026 en même temps que le futur CHU (10 ha, 210 000 m2) sur une partie du terrain de l’ancien MIN, il marque le premier pas vers la conquête du sud-ouest de l’île (80 ha) qui parachèvera l’aménagement, à l’horizon 2037, de ce nouveau cœur métropolitain tourné vers la Loire. Il formalise les grands principes mis au travail avec la nouvelle équipe désignée fin 2016, conduite par la paysagiste Jacqueline Osty avec l’architecte-urbaniste Claire Schorter.

Quatre axes signent le “Manifeste pour une île durable”, le cap donné par l’aménageur pour la prochaine période. S’il conforte une orientation majeure depuis le plan guide du début des années 2000, il l’actualise à l’heure de la maturité du projet pour servir de guide à tous ses partenaires, quelle que soit l’échelle qui les implique – projet urbain et espace public, opérations immobilières et logement, actions de proximité.

Ainsi, “l’île des communs” veut n’oublier aucun public ; ses maîtres mots sont la coproduction – notamment avec les citoyens, mobilisés dès l’amont de la réflexion –, les usages partagés et les nouvelles économies de la culture et du numérique. Celle des “mobilités complices” entend relever les défis d’une île “marchable” grâce au maillage fin de l’espace public d’un transfert modal privilégiant le transport collectif et le vélo.

Enfin, celle du “bien-être” et de l’île “résiliente” se fondent sur une nature reconquise et prennent en compte les thématiques d’empreinte écologique et d’intelligence énergétique.

 

 

“HAMEAU URBAIN”

Les mots peuvent paraître galvaudés ; les opérations des deux premiers grands îlots urbains du quartier République attribuées ou en cours d’attribution les lestent pourtant de tout leur sens. Bas carbone, mobilité durable ou bien-être au travail figurent ainsi au rang des objectifs clairement affichés parmi les “ambitions spécifiques pour lesquelles il est attendu que les opérateurs immobiliers et les concepteurs soient force de proposition afin de dépasser les standards habituels sur ces thématiques”, souligne Jean-Luc Charles, Directeur Général de la Samoa.

La démarche s’inscrit dans une conception de l’îlot comme “hameau urbain” inspiré du tissu faubourien de l’île et en actualise la mixité sociale (plus d’un logement sur deux proposé en logement social ou abordable), d’usages, de fonctions, de formes et d’échanges. “Le choix fait par la maîtrise d’œuvre urbaine et soutenu par la Samoa est d’abandonner le macro-lot pour passer à un urbanisme de mitoyenneté”, résume Jean-Luc Charles. Délimité sur un carré de 120 mètres de côtés, l’îlot de référence se divise en quatre sous-îlots associant bureaux et locaux artisanaux, immeubles de logements et maisons de ville, commerces et équipements, mutualisant des fonctions comme le stationnement et la gestion énergétique, le tout organisé autour d’une placette centrale et de voies piétonnes ouvrant vers le dispositif de parcs et de trame verte repensé par Jacqueline Osty et Claire Schorter de manière à “infiltrer” toute l’île.

Les angles de chaque grand îlot réservent de toutes petites parcelles à des “opérations singulières” hors programmation prédéfinie. Cette ouverture à des projets éventuellement plus longs ou complexes à mettre en œuvre du fait de leur atypicité illustre la prise en compte du facteur temps nécessaire à la fabrique de la ville “sur mesure” formalisée par le Manifeste durable pour l’île de Nantes

CREATIVE FACTORY

“Le temps étant l’ennemi des promoteurs et des investisseurs, la ville se construit généralement sur des modes éprouvés. C’est précisément cette ville générique que veut éviter le projet urbain depuis ses débuts, explique Jean-Luc Charles. L’île de Nantes nous a appris que, pour qu’une ville se fasse bien, il faut qu’elle prenne son temps, celui de se réinventer  et de trouver de nouveaux  usages.” C’est  le sens notamment des “lieux d’occupation transitoire” pour lesquels le projet urbain a développé sur vingt ans un savoir-faire caractéristique.

Plus d’une dizaine de sites d’urbanisme temporaire ont ainsi été déployés sur des friches au fil des années, gérés depuis 2012 par l’agence de développement économique de la Samoa, la Creative Factory. “Ils ont permis de mener une réflexion poussée sur la manière dont se transforme la ville, de savoir assez précisément ce qu’il faut garder, transformer ou démolir” et de conforter le positionnement    du territoire sur les entreprises, industries et activités créatives numériques et culturelles – soit actuellement quelque 200 structures représentant 500 salariés et un taux de “mortalité” faible du fait des accélérateurs qui les accompagnent.

Le site des anciennes halles Alstom, dans le quartier de la Création, est emblématique de la démarche. Avant que ne soit actée l’orientation de ses 26 000 m2 (SHON), il a notamment hébergé pendant une dizaine d’années une cinquantaine d’acteurs économiques aujourd’hui pour partie installés au sein de l’une de ces pépinières d’un nouveau genre, le Karting.

Désormais en cours de transformation, avec comme première opération la nouvelle école des beaux-arts livrée en 2017, les Halles viennent d’accueillir les premiers étudiants du nouveau pôle universitaire interdisciplinaire dédié aux cultures numériques de l’université de Nantes, ainsi que les entreprises innovantes logées dans la Halle 6 Est, avant, courant 2020, le Food Hall et les locaux de la Creative Factory elle-même.

 

Photos: ©Ajoa/Schorter/Samoa - ©Valérie Joncheray/Samoa

 

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